« Tout était à inventer » : le scientifique en chef du Québec fait le bilan
Il aura été scientifique en chef du Québec pendant près de 15 ans. Rémi Quirion tire sa révérence cet automne d’un poste qu’il a aidé à définir. Retour. L’idée de doter le Québec d’un scientifique en chef est née dans l’esprit de Clément Gignac, ministre du Développement économique, de l'Innovation et de l'Exportation de 2009 à 2011 au sein du troisième gouvernement Charest. Le ministre rencontre l'équivalent du scientifique en chef d’Israël lors d’une réunion internationale. Il est séduit par l’idée qu’une personne-ressource puisse conseiller le gouvernement pour toutes les questions scientifiques. Ayant publié quelque 750 articles scientifiques surtout associés à l’alzheimer au cours de sa carrière, Rémi Quirion est l’un des neuroscientifiques les plus cités au monde au moment de sa nomination. En plus d’être professeur au Département de psychiatrie de l’Université McGill avant sa nomination, il a aussi occupé plusieurs postes de gestion, dont celui de directeur scientifique de l’Institut des neurosciences, de la santé mentale et des toxicomanies du Canada. Il était donc un candidat idéal. Le scientifique en chef du Québec, Rémi Quirion Photo : Radio-Canada S’il connaissait bien les rouages de l’univers scientifique au pays, Rémi Quirion explique que Son premier défi fut d’établir une relation de confiance avec les fonctionnaires, les gens au pouvoir, tout en maintenant le lien privilégié qu’il avait bâti au fil des années avec les universitaires et les chercheurs. J’ai rapidement rassuré les hauts fonctionnaires. Je suis une personne-ressource, qui est responsable de trouver l'information nécessaire pour appuyer leur travail. Je n’étais pas là pour faire leur travail. Si son poste a résisté au passage de quatre gouvernements différents, c’est peut-être un peu en raison de sa personnalité. En politique, tu changes de patron très souvent, contrairement au milieu universitaire où les recteurs changent tous les 10 ans. Il faut être capable de s’adapter, de revoir rapidement les priorités, peu importe qui est le patron. C’est un poste qui exige aussi de l’agilité lorsque des décisions ne peuvent attendre. Au départ, le rôle du scientifique en chef était surtout associé aux ministères Mais la pandémie est venue chambouler les choses, si bien que les conseils du scientifique en chef ont aussi été sollicités par d’autres ministères, notamment de la Justice et de la Sécurité publique. En bout de ligne, ce n’est pas moi qui décide, mais bien les élus. On fait des recommandations A ou B. Parfois, ils prennent A, des fois ils optent pour B, et des fois ils n’en prennent aucune! Le scientifique en chef donne l’exemple du dossier des caribous forestiers. En raison des aspects économiques et sociaux, les décisions gouvernementales n’ont pas été prises uniquement basées sur les conseils scientifiques des biologistes. Dans le cadre de ses fonctions, Rémi Quirion chapeaute aussi les trois Fonds de recherche du Québec, Nature et technologies, Santé, et Société et culture, qui existaient déjà lorsque son poste a été créé. Dans ce rôle, il a voulu mettre de l’avant l’aspect multidisciplinaire dans certains domaines de la recherche, comme le vieillissement ou les changements climatiques. Son objectif : offrir de nouvelles solutions à nos défis de société. Une autre réalisation dont il est fier est la mise sur pied du programme Scientifique en résidence. À la fin d'un doctorat, plutôt que d'aller faire un postdoc dans un laboratoire de chimie, on offre aux jeunes chercheurs des bourses postdoctorales pour travailler dans les ministères ou dans les bureaux du Québec à l’étranger. Cela leur permet de travailler sur le terrain, de voir comment fonctionne un ministère. Le scientifique en chef se réjouit aussi de voir que certaines villes comme Victoriaville, Laval ou Longueuil se sont dotées de conseillers scientifiques. Il y a maintenant des scientifiques en chef à tous les échelons de gouvernement, du fédéral au municipal. Au fédéral, c’est la Dre Mona Nemer qui est conseillère scientifique depuis 2017. Mais quand on se compare à d’autres pays à l’échelle internationale, toutefois, Notre défi, c’est d'avoir des infrastructures de très bonne qualité. Ce n'est pas juste des routes et des autoroutes, mais aussi de l'équipement scientifique de haut niveau. Selon le scientifique en chef, le défi actuel du Québec est d'offrir de bonnes conditions aux étudiants et aux chercheurs d'ici pour rester compétitifs face aux meilleurs endroits aux États-Unis et en Europe. La question est plus brûlante que jamais alors que la science est malmenée aux États-Unis et que des scientifiques américains cherchent à s’exiler. Dans une lettre éditoriale publiée récemment dans la revue Science, Rémi Quirion rappelle le lien étroit qui nous unit à notre voisin au sud de la frontière. Il y rappelle l’importance des programmes communs de recherche sur les Grands Lacs, l'Arctique, l'espace, le climat ou l'intelligence artificielle (IA). Cet esprit de collaboration fait partie de la culture du milieu de la recherche québécois et peut devenir un facteur d’attraction pour les chercheurs étrangers, selon Rémi Quirion. La capacité de collaborer entre les équipes de recherche, la qualité de vie et le coût de la vie à Montréal rendent la ville attrayante. Le scientifique en chef mentionne que le travail qu’il a effectué dans les dernières années est tout aussi satisfaisant que ses années de recherche, mais différent. Quand tu participes à une commission ou que tu donnes des avis à des élus, le travail a beaucoup d’impact. Bâtir une nouvelle loi, ça peut avoir des impacts et c'est quelque chose que j'ai trouvé intéressant! Rémi Quirion pense que la place de la science dans la société québécoise s’est améliorée depuis qu’il est en poste, mais Les chercheurs et les étudiants prennent plus de place dans l’espace public pour expliquer leur travail. Il mentionne aussi l’importance de la Stratégie québécoise de recherche et d’investissement en innovation qui valorise davantage la communication scientifique. Sans oublier le rôle important joué par l’Acfas, dont l’objectif est de promouvoir le savoir scientifique en français, dont le congrès rayonne de plus en plus, ici comme dans les autres pays francophones. Le scientifique en chef a aussi participé à la création du Réseau francophone international en conseil scientifique (RFICS) en 2021 qui est soutenu par le Fonds de recherche du Québec. Dénialisme climatique, mouvement antivaccin ou Terre plate : à l’heure des médias sociaux, jamais il n'aura été aussi facile de partager de fausses informations. Rémi Quirion pense que le journalisme scientifique et l’éducation sont les antidotes face à la désinformation et contribuent à l’évolution de la place de la science dans notre société. « Il faut expliquer aux gens les faits scientifiques avec des données très concrètes », renchérit-il. Si Rémi Quirion quitte ses fonctions cet automne, il ne prendra pas sa retraite pour autant. Il demeurera président du Réseau international en conseil scientifique gouvernemental jusqu'à la fin de 2027. Avec nos 6000 membres dans 130 pays, nous bâtissons une capacité en Conseil scientifique un peu partout à travers le monde. Ce réseau permet à de petits pays, comme par exemple certaines îles du Pacifique, d’avoir accès à des conseils scientifiques. Le meilleur exemple : c’est grâce à la diplomatie scientifique que le séquençage du coronavirus SARS-CoV-2 s’est fait aussi rapidement et qu’un vaccin à ARN messager a été créé dans des délais très courts.
Établir un lien de confiance
tout était à inventer
lorsqu’il est entré en fonction en juillet 2011.Il n'y a pas de scientifique en chef 101
, observe celui qui a vu son rôle évoluer au sein du gouvernement québécois au fil des ans.La résilience face aux changements
Je pense que pour durer dans ce poste, il faut faire preuve de résilience
, affirme M. Quirion.Il faut souvent fournir l’information nécessaire rapidement aux élus. On n’a pas le temps d'écrire une thèse de doctorat, on a souvent besoin de l’information pour le lendemain
, renchérit-il.plus près de la science et de la recherche
, comme ceux de l’Éducation, de l'Enseignement supérieur, de la Santé et de l’Environnement.Le Fonds de recherche du Québec
Un scientifique, des scientifiques
Reste que pour une province ou un État, on est à peu près les seuls au monde
, note M. Quirion, qui rappelle que le Québec est la province qui investit le plus en recherche et développement avec 2,29 % de son PIB en 2022.on n'est pas à la hauteur des meilleurs, comme la Corée du Sud, la Suisse ou la Suède
, indique-t-il. Ce qui fait qu’on a de la difficulté à garder nos étoiles.
Les forces du Québec
On a déjà reçu plusieurs curriculums de chercheurs de grande réputation dans les domaines des changements climatiques et de la recherche de vaccins à ARN
, note-t-il.Au cours des cinq dernières années, 27 % de toutes les publications scientifiques canadiennes ont été cosignées avec des collègues américains
, écrit-il.Il y a certainement de la compétition mais, globalement, les fonds de recherche aident près de 130 réseaux ou regroupements de plusieurs secteurs, notamment de la génétique et des sciences sociales
, indique le scientifique.Gouverner pour changer la société
Lorsque j’étais chercheur, la consécration d’un professeur et de ses étudiants, c’est d’être publié dans une bonne revue comme Nature
, se souvient-il. Selon lui, la fonction publique peut paraître une grosse machine lointaine, mais que le fait d’aider à rédiger quelques lignes qui permettent de peaufiner un projet de loi peut être gratifiant
.J'ai beaucoup d'admiration pour ceux qui décident de se lancer en politique. Ce sont en général des gens qui travaillent fort et qui se font taper sur la tête beaucoup plus qu’ils se font remercier
, souligne-t-il.La science en français
pas nécessairement à cause de moi
, dit-il en riant.La désinformation, un mal de société
La retraite attendra
La science ouverte, les collaborations ouvertes en science et la diplomatie scientifique ont contribué – même indirectement – au développement rapide des vaccins
, estime Rémi Quirion.
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